De l’empêchement de penser à l’échec scolaire

Formation avec Serge Boimare en février 2014

Le 8 février, l’ANEN a reçu Serge Boimare , auteur de l’ouvrage CES ENFANTS EMPÊCHÉS DE PENSER, psychopédagogue travaillant à Claude Bernard (20 ans), il accompagne désormais des enseignants de primaire et de collège en tant que consultant de la ville de Genève.

Son objectif présent : aider à accompagner les élèves « décrocheurs » (15% à 20% en moyenne) en infléchissant la pédagogie dans une classe traditionnelle.

(Les élèves considérés comme étant en difficulté d’apprentissages sont ceux qui ne sont pas capables de dégager l’idée principale d’un texte de 5 lignes)

Les thèmes de l’intervention étaient :
-  Quelles raisons mystérieuses poussent des enfants et des adolescents intelligents à se montrer réfractaires aux savoirs de l’école ?
-  Que faire lorsque les soutiens personnalisés que nous mettons en place pour les aider ne changent rien et parfois même cristallisent les oppositions ?
-  Comment éviter que les professeurs ne se démoralisent devant ces situations qui paraissent sans issue dans le cadre pédagogique ?

L’intervention était suivie d’ateliers puis de témoignages de mise en pratique des propositions de Serge Boimare vécues par l’équipe de l’École Nouvelle d’Antony, et de celle de l’École Aujourd’hui.

Compte rendu de la matinée : intervention de Serge Boimare

Les enfants qui se trouvent empêchés de penser le sont à cause d’un dérèglement dont ils sont conscients, ou pas 😉

L’empêchement de pensée est une façon de se protéger devant un dérèglement psychique provoqué par les contraintes de l’apprentissage, c’est une stratégie d’évitement de la pensée (volontaire ou non) Ce phénomène est la conséquence d’une insuffisance éducative : l’enfant ne construit pas dans sa petite enfance les éléments nécessaires à subir les contraintes des apprentissages.

Les causes les plus fréquentes sont :
-  Une (initiation) insuffisance à la frustration
-  Un manque d’entraînement aux interactions langagières (en particulier dans les milieux défavorisés : l’enfant n’est pas assez sollicité pour parler de ce qu’il s’est passé, de ses sentiments…)
-  Un manque de préparation à l’autonomie que demande l’apprentissage
-  Une attitude de parents qui dévalorise les savoirs proposés à l’école Les 4 compétences nécessaires pour accepter l’apprentissage sont :
-  Savoir reconnaître ses manques
-  Respecter des règles
-  Respecter un moment de solitude
-  Attendre

Ces enfants ne peuvent guère atteindre d’autonomie psychique, ils développent des stratégies d’évitement et leur comportement peut se traduire par :
-  Un sens de la complétude
-  Un non-respect des règles et des lois
-  Une non acceptation de la solitude face à l’effort
-  Une impatience
-  Un sentiment d’injustice, sentiment de persécution
-  Une auto dévalorisation
-  Une agitation/instabilité/fatigue/troubles psychosomatiques
-  Sadisme/infantilisation/mégalomanie

Ces enfants vont développer des stratégies d’apprentissage singulières :
Les « conformistes de pensée » vont faire et refaire ce qu’ils savent déjà faire (cas de nombreuses filles)
Les « champions de l’association immédiate » vont répondre avant que la question ne soit posée, s’agiter, faire rire les autres…

De façon à aider ces enfants, il est nécessaire de les sortir de leurs propres préoccupations. Il faut réconcilier l’enfant avec la pensée. Dépasser les préoccupations personnelles, trouver un point d’appui : relier leur histoire à celle des autres Aider ces enfants à franchir le stade du langage argumentaire

Pour cela il est nécessaire de travailler sur 3 axes
-  La culture
-  Le langage
-  Le groupe Pour cela, l’école peut trouver des points d’appuis : le groupe est un lieu d’humanisation par lequel l’enseignant va pouvoir proposer un apport culturel commun, organiser des débat de façon à ce que pensée et langage s’articulent, impulser des actions.

Serge Boimare préconise un outil : la lecture de Contes ou de Mythes. Ces lectures, faites quotidiennement, permettent aux enfants de rencontrer des personnages qui ont les qualités/défauts de l’être humain, qui rencontrent des difficultés, ont des choix de vie à faire, prennent des décisions ; l’intemporalité de ces récits touche les enfants dans leur quotidien. En débattant des actions/choix/paroles de ces personnages, les enfants argumentent en passant du personnel à l’universel, ils mettent de l’ordre dans le rapport espace/temps. Ils se mettent en position de chercheur et activent la pensée. Un passage à l’écrit enclenchera la recherche puis des activités en réseau vont permettre aux enfants de se lancer dans l’action.

De la même façon qu’un groupe classe va pouvoir se lancer ensemble dans ces réflexions /actions, Serge Boimare souligne l’importance de la co-formation au sein des équipes de travail.

A penser aussi (ou à repenser) la co-éducation. La famille, structure de base de l’enfant, doit être sollicitée/ engagée dans un lien. Ainsi, il serait utile de ne pas considérer les parents comme des répétiteurs (devoirs maison) mais plutôt comme des partenaires de découvertes…en leur conseillant par exemple telle exposition/film/lecture…en lien avec le travail effectué à l’école.

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