Rencontres d’octobre 2009

Tous les 2 ou 3 ans, l’ANEN organise des rencontres ouvertes à tous les acteurs de ses écoles

En 2009,  ces rencontres ont été organisées les 17 et 18 octobre à l’école Émilie Brandt (Levallois-Perret).

Thème des journées :
-  La co-éducation
-  L’enfant acteur de ses apprentissages
-  La coopération plutôt que la compétition.

Étaient représentées, par des enseignants, des parents et des élèves, l’école nouvelle d’Antony, celle du Chapoly (Tassin-la-demi-Lune), de La Rize (Lyon) et enfin de La Prairie (Toulouse), unique établissement à offrir aussi un collège. Deux élèves de quatrième étaient d’ailleurs venues, avec leur mère et leurs professeurs d’espagnol et de mathématiques.

Cécile, John, Judith et Vanessa représentaient l’École Aujourd’hui, ainsi que trois parents : Anne-Marie, mère de Louis (CP), Paul et Carole, accompagnés de leur fils Corentin (CM2) qui avait accepté de participer à un échange avec les autres enfants présents, sur les pratiques respectives de leurs écoles en matière d’autonomie et d’apprentissage. Présente encore lors de ces journées, Isabelle Lallement, une ancienne enseignante de notre école qui vit maintenant à Nantes. Ils furent rejoints le dimanche par Pierrette Kohen, présidente de l’association École Aujourd’hui.

Trois thèmes étaient au programme de ces journées : « co-éducation », « coopération/compétition », et « l’enfant acteur de ses apprentissages ». Après une efficace présentation du déroulement du week-end, effectuée par Jean-Pierre Quayret, instituteur de CE2 de La Prairie, les travaux débutèrent le samedi matin par une conférence de Jean François, membre des Ceméa (Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Éducation Active – http://www.cemea.asso.fr/), ancien professeur de lettres, spécialiste de la psychologie des adolescents et enseignant en IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres, établissements publics qui n’existeront plus à la rentrée prochaine, ayant été supprimés par la dernière réforme de l’enseignement). Conférence n’est peut-être pas d’ailleurs le mot qui convient au brillant exercice auquel se livra l’orateur, véritable réflexion philosophique nourrie d’une longue pratique pédagogique et d’une érudition de parfait humaniste, dont le but avoué était d’amener l’assemblée à abandonner toute certitude et a priori, et de lui soumettre un certains nombre de pistes de réflexion, notamment sur la place qu’occupent (et parfois se disputent) parents et enseignants dans l’école, et dans l’éducation.

Ainsi préparés au débat, les présents se séparèrent ensuite en deux groupes pour réfléchir, raconter et confronter leurs expériences aux deux ateliers proposés : co-éducation et coopération, cependant que les enfants se réunissaient pour déterminer en quoi ils étaient, dans leurs écoles respectives, « acteurs de leurs apprentissages ».

Le samedi après-midi fut consacré au bilan de ces ateliers, bilan qui permit de faire quelques découvertes imprévues.

Coéducation.
L’une de ces découvertes est la manière dont l’histoire particulière de chaque école peut influer sur son fonctionnement quotidien, et notamment sur les relations entre ces trois populations : enseignants, élèves et parents. On ne définira pas tout à fait de la même façon, par exemple, ce que peut être la coéducation à Antony, établissement géré en partie par les parents, et à l’École Aujourd’hui, administrée exclusivement par les enseignants. Au reste, la géographie même des lieux occupés par l’école est susceptible, on le verra plus loin, de dicter des choix pédagogiques différents. L’école nouvelle réclame de préférence la collaboration des parents et à tout le moins une implication de principe de leur part, mais encore une certaine cohérence entre ce qui se passe à l’école et à la maison. C’est le sens par exemple de la Charte de l’École Aujourd’hui rédigée l’an passé, et signée à présent par tous ceux (enseignants, parents et enfants) qui « entrent » à l’école, charte qui expose les besoins de chacun, ses droits et ses engagements, autour des trois verbes clefs du projet pédagogique : être, agir, apprendre. Mais accompagner le projet d’une école suppose, pour les parents, d’avoir accès à de multiples informations. Sans intervenir sur les choix pédagogiques, ils peuvent participer directement à l’action éducative en organisant ateliers, sorties, fêtes, etc. D’où la nécessaire mise en place de lieux et d’instance d’échanges : conseils, réunions de classe, soirées débats… On retint pour résumer qu’il ne saurait être de coéducation sans (intense) communication, ni sans privilégier tout ce qui ressortit au lien, à l’ouverture, à la disponibilité, à la confiance, et au partage des responsabilités.

Coopération/compétition.
Si l’on constate que les enfants aiment bien se comparer, se situer par rapport aux autres, on observe aussi qu’ils apprécient d’œuvrer en équipe, de s’inscrire dans un groupe. L’enfant a autant envie de se distinguer que d’être avec les autres. Difficile là encore de faire la part de l’inné et de l’acquis ; c’est bien plutôt l’éducation qu’il reçoit, la pression qu’exerce sur lui la société, qui favorise chez lui l’affirmation de l’une ou l’autre tendance. De manière générale, la coopération au sein de l’école présente de multiples avantages : elle favorise la cohésion, l’entraide, mais aussi l’apprentissage, l’autonomie et l’émulation, dès lors que chacun cherche à mettre ses compétences au service des autres. Mais se pose alors le double problème d’évaluer ces compétences, et de les signaler. L’évaluation reste sans doute un exercice délicat. L’une de ses facettes les plus intéressantes, et les plus fructueuses, semble cependant être l’auto-évaluation. Ainsi, au collège La Prairie ont été récemment institués les « classeurs de réussite » : chaque élève range dans son classeur les devoirs qu’il trouve réussis. Ainsi un devoir médiocre ou même raté d’un point de vue « traditionnel » peut-il comporter malgré tout des éléments de réussite qui sont la preuve d’une progression : calcul correctement effectué, présentation améliorée, notion acquise etc. Le signalement des compétences passe dans beaucoup d’écoles nouvelles par le port (le plus souvent symbolique) de « ceintures de compétence » reprises des expérimentations de Fernand Oury dans les années 70, et inspirées par les ceintures de judo. À l’école du Chapoly, on arbore un trèfle à cinq feuilles, donc chacune indique un niveau de compétence. Souvent la ceinture est décernée en conseil. Elle n’est pas l’équivalent d’une note : une fois acquise, elle ne peut plus être perdue, juste suspendue éventuellement, dans le cas des « ceintures de comportement », ou autres « permis de circulation », qui servent dans plusieurs écoles à indiquer le degré d’autonomie de l’élève dans l’établissement. Dans le cas Chapoly, par exemple, plus on a de feuilles à son trèfle, plus on est libre de se déplacer seul dans l’école. En cas de manquement à ses devoirs, on ne se verra pas son trèfle amputé d’une feuille : celle-ci sera simplement pliée en attendant qu’on ait fait de nouveau ses preuves. La compétence n’est pas déniée, mais mise entre parenthèse. L’élève se trouve ainsi aidé à se repérer et à comprendre que l’apprentissage ne consiste pas en une accumulation de savoirs, mais en la construction progressive de son autonomie et en l’affirmation de sa personne en tant que sujet. Pour autant, la compétition demeure un élément qui ne saurait être ignoré. La compétition est omniprésente dans la société contemporaine, à commencer par le domaine du sport. Comment les écoles nouvelles peuvent-elles y préparer leurs élèves ? Pour Albert Jacquart, la seule compétition humainement acceptable est celle par rapport à soi-même, contre soi-même et non contre les autres. Et de fait, les compétitions sportives, notamment, peuvent inciter les élèves à aller au maximum de leurs possibilités, à se dépasser. Mais sans doute peut-on aussi se fier au bon sens des enfants, pour qui la compétition est d’abord un élément de jeu, qui ne prête pas forcément à conséquence. Cette confiance accordée peut conduire à des projets d’ordre très pratique, comme à l’école de la Prairie où l’on est en train de mettre en œuvre l’idée d’une coopérative scolaire gérée par les enfants, et destinée à financer leurs projets.

L’enfant acteur de ses apprentissages.
Le moment le plus attendu du week-end fut certainement celui où les enfants (au nombre de 14 : 4 du Chaploy, 7 d’Émilie-Brandt, 1 de l’EA et 2 du collège de la Prairie) vinrent rendre compte de leurs réflexions. Toute l’assemblée fut admirative de l’aisance avec laquelle ils contèrent leur expérience de l’école. Des élèves d’Émilie-Brandt, absents ce jour-là, avaient néanmoins apporté leur contribution en rédigeant un texte sur le sujet. Ces textes furent lus également, et ne manquèrent pas provoquer maints éclats de rire, les enfants n’hésitant pas à pointer le doigt sur les limites de l’exercice : « Je suis obligé de faire un texte en quoi je suis acteur de mes apprentissages, la maîtresse nous oblige à apprendre la poésie et à faire les devoirs ». Mais être acteur, ainsi que le relève un autre enfant dans le dictionnaire, c’est « prendre une part déterminante dans une action ». Ce peut être aussi jouer un rôle dans une pièce. Être acteur ce n’est pas jouir d’une totale liberté d’action, c’est s’inscrire dans celle-ci, choisir les meilleurs moyens d’y parvenir. La place offerte aux projets d’élèves, le travail collectif, l’auto-correction et l’auto-évalutation, les contrats de travail (sur deux semaines, par exemple, au Chapoly), les exposés, la prise de responsabilités, les travaux de recherche, sont autant d’outils mis à la disposition des élèves pour prendre en main leur apprentissage. À l’École Aujourd’hui des outils pédagogiques spécifiques comme les réglettes Cuisenaire, la lecture en couleurs ou les tableaux de grammaire, permettent un apprentissage entièrement fondé sur l’expérience.

Le dimanche matin fut consacré à une synthèse des travaux de la veille. Les « ceintures de comportement » et les « permis de circulation » évoquées la veille suscitèrent nombre d’interrogations, l’assemblée leur préférant l’appellation de « trèfles » plus poétique, et du reste choisie par les enfants du Chapoly. Mais il fut observé que le nom qu’on donnait à la chose avait finalement peu d’importance : tout comme le terme de compétition, ceux de ceinture ou de permis n’ont pas chez les enfants la même résonance que chez les adultes. Les enfants y voient bien un moyen de se repérer, de se rassurer, et conçoivent que l’acquisition de nouvelles compétences ouvre (et non permette) l’accès à de nouveaux droits. À l’École Aujourd’hui, qui, par sa topographie, ignore les problèmes de circulation et de vagabondage intra muros, c’est une tout autre direction qu’on a décidé d’explorer, qui ne concerne pas seulement les enfants mais tous les acteurs de l’école : celle de la médiation.

Au cours du week-end eut lieu également un débat très animé sur la nouvelle réforme de l’enseignement, réforme, de l’avis de tous, en contradiction flagrante avec les valeurs fondamentales de l’éducation nouvelle. Plusieurs interventions ont fait ressortir deux points :

-  La politique éducative du gouvernement apparaît avant tout comme un ensemble de mesures de destruction de ce qui a été patiemment construit depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.

-  Tenues d’appliquer les directives de l’Éducation nationale, sous peine de voir leur contrat d’association dénoncé par l’État, les écoles de l’ANEN craignent de voir à terme leur existence même menacée. Cette dépendance par rapport à l’État, dépendance vitale puisqu’elle conditionne le financement des écoles, rend la position des enseignants extrêmement délicate. Les parents, en revanche, peuvent agir pour protéger et soutenir leurs écoles. Par le biais des APE, en particulier, elles pourraient prendre contact entre elles pour décider des actions à entreprendre et arrêter une position commune. Les parents de l’école du Chapoly ont mis en place un blog (http://agirensemblepourleducation.blogspot.com) pour servir d’outil de liaison. Par ailleurs les enseignants qui refusent d’appliquer la réforme se sont regroupés pour rédiger une Charte définissant leur engagement. Cette charte peut être signée individuellement sur le site http://www.resistancepedagogique.org La question se pose de savoir si l’ANEN se joindra aux signataires, sujet qui sera débattu lors prochaine la prochaine assemblée générale de l’association. Celle-ci aura lieu les 30 et 31 janvier 2010, dans les murs de l’École Aujourd’hui. Tous les parents de notre établissement sont très cordialement conviés à y participer.

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