Rencontres pédagogie institutionnelle 2006 – ateliers du vendredi

Les ateliers du vendredi

Suite aux réactions, questions, réflexions qui ont suivi l’intervention de René Laffitte, des thèmes de travail sont apparus, qui ont réuni de 3 à 9 participants par atelier :
-  Le DESIR (du sujet) : comment le laisser apparaître (ou le fomenter) en classe ?
-  La LOI : comment la faire vivre en classe (et dans l’école) ?
-  L’ETHIQUE : comment mettre en place des limites structurantes dans la classe (et dans l’école) ?
-  Les REFLEXES : comment « éduquer nos réflexes », avoir les bobs mots, les bonnes attitudes, affiner notre perception des enfants ?
-  Les COLLEGUES : l’équipe comme aide aux difficultés internes à la classe et aux relations avec les parents.
-  Les DISPOSITIFS : quels dispositifs (en classe PI ou pas) pour prendre en charge les difficultés des enfants Quelles articulations avec les intervenants psy, ortho ou réseaux ? Quelles limites entre le thérapeutique et le pédagogique ? La classe peut-elle soigner ?

Quelques notes sont revenues de ces ateliers. Loin d’épuiser le sujet (sic), ces notes éparses sont là pour donner une idée des questions débattues et des pistes apparues :

Le DESIR : comment le laisser apparaître (ou le fomenter) en classe ?

-  par une vision globale, une attention aux intérêts de l’enfant.
-  en donnant du sens, avec des objectifs précis et pas trop éloignés dans le temps.
-  Il y a désir quand ils s’approprient un projet, qu’ils le font leur.
-  Pour certains, la réussite du groupe est une motivation suffisante
-  Doit-on susciter tout le temps le désir ? ou, y a-t-il des moments où le travail, austère, difficile, sans dehors clinquants, peut permettre une avancée ?
-  Nous n’avons pas à mette du papier cadeau partout.
-  Savoir que le vrai désir du sujet n’est peut-être pas celui qu’on croit voir : il faut laisser sa part d’ombre à chacun.
-  Une aide est d’en parler avec les collègues.
-  Savoir aussi que le désir des enfants est facilité, encouragé par celui du sujet enseignant.Sans le désir du maître (esse) et celui des parents, pas de classe, pas de pédagogie, pas d’enfant ! Mais, attention à ce qu’il ne prenne pas la place de celui de l’enfant…
-  Dire non, poser un interdit, crée un manque et fait apparaître le désir : cette antienne freudienne se vérifie chaque jour en classe.Voir l’exemple du carnaval des 3°, l’an dernier, à La Prairie : Après un rapide sondage sur qui veut faire le carnaval (comme chaque année à La Prairie), 20% de réponses positives seulement font annuler le Carnaval par l’équipe enseignante.Une classe de 3°, qui avait préparé des costumes depuis le début de l’année, , va voir les autres classes du collège, les remotive et finalement, fait que la majorité a envie qu’il ait lieu.Il sera très réussi d’ailleurs cette année-là.
-  Le désir dont on parle, ce n’est pas l’envie ni le « besoin » de ces « pourrissons » sans limites qui demandent à être comblés sans cesse, hyperactifs ou hyperagités ?
-  Le désir, c’est la source pour vivre, apprendre, grandir .
-  « On accède au désir quand on renonce à la jouissance. »
-  L’enfant devient ce qu’il est par délimitation de ce qu’il n’est pas.

L’équipe (les collègues) comme aide
Aux relations avec les parents :
-  besoin de concertation avec les collègues pour anticiper la rencontre avec des parents : partager les points de vue.
-  Permet la mise en place d’un langage commun : cohérence autour de l’enfant, en phase avec l’éducation nouvelle.
-  L’esprit d’équipe : transmission des anciens aux nouveaux pour la cohésion et pour passer le relais.
-  Quelles sont les attentes des parents ? Beaucoup d’enfants sont en grandes difficultés, leurs parents recherchent des recettes miracles .
-  Possibilité de passer l’entretien avec un autre collègue présent (soutien et témoin).
-  Certaines équipes travaillent avec un médiateur, un régulateur (psy) qui aide à la gestion des situations conflictuelles ou problématiques, nous faisant envisager des solutions qui nous échappent
-  En tout cas, il est recommandé de ne pas parler des difficultés de l’enfant « à chaud », dans le couloir… Aux difficultés internes à la classe :
-  quand un adulte (enseignant, éduc., membre du personnel) rencontre une difficulté relationnelle importante avec un enfant, les collègues se réunissent pour être « médiateurs » (changement de classe ou autre solution)
-  oser dire à son collègue qu’il n’est pas dans le projet (sur ce point précis), qu’il « déconne ».
-  s’engager pour soulager un collègue avec un petit groupe d’enfants (décloisonner…)
-  tout cela est possible si on ose accepter l’aide proposée, donc HUMILITE…
-  visite des classes de collègues et dans sa propre classe : intérêt du regard extérieur, d’observer les pratiques des autres, de s’imprégner des ambiances des autres classes, avec échange entre les collègues sur ce qui a été observé.

La LOI : comment la faire vivre en classe (et dans l’école) ?

-  C’est traduire les lois fondamentales des sociétés humaines (interdit de la fusion, l’inceste, et de la négation de l’autre, le meurtre) dans la classe : je ne me moque pas, je ne me bats pas, je règle mes problèmes avec des mots, je demande la parole, j’écoute celui qui parle, etc., et, j’utilise les dispositifs (conseil, quoi de neuf ?, métiers, monnaie intérieure, permis à point, etc.) pour vivre et travailler en classe.
-  Tous ces « dispositifs » sont des médiations qui empêchent le « face à face mortifère », où la toute-puissance du maître peut s’exercer, y compris par le chantage affectif.
-  Il est important de les afficher, au vu et au su de tous : ces lois ne sont ni discutables ni négociables.
-  Cela permet de structurer la classe : d’ailleurs, les enfants s’en saisissent vite quand ils sentent que ça les aide.
-  Les enfants ont besoin d’un cadre symbolique auquel se heurter, se buter.
-  En fait, la loi, c’est le désir (René Laffitte).

L’éthique : comment mettre en place des limites structurantes ?

-  L’éthique est différente de la morale, qui serait plutôt du côté des règles, alors qu’elle, l’éthique, serait du côté de la LOI.
-  Parfois, l’éthique e l’enseignant peut rentrer en conflit avec le règlement ou les valeurs dominantes de la société.L’éthique, c’est aussi refuser d’appliquer une règle si elle esrt contraire, pour soi, à la LOI.
-  L’éthique, c’est oser dire non, poser des limites, des interdits, tout en aménageant une place vivable pour le sujet .
-  C’est aussi accepter que l’enfant a sa part d’opacité, qu’on ne peut pas tout savoir ou tout vouloir pour lui.
-  En résumé, l’éthique, c’est respecter la personne avant de respecter la règle.
-  Ce n’est pas pour les chiens (sic) mais, c’est quand on est en difficulté, quand on doit se mouiller.
-  Comme dans l’histoire e cette petite fille qui raconte au Quoi de neuf ? son oncle achevant à coups de hache son chien blessé à la patte.La maîtresse ne sait pas quoi dire, bredouille quand même quelques mots, face à la gamine et la classe bouleversées.Elle lui apporte ce dont elle avait besoin : une parole humaine face à la cruauté de l’acte, et ça, aucun stage, aucune formation ne pouvait préparer la maîtresse à cette situation : elle a fait appel à son éthique.

Les réflexes : comment éduquer nos réflexes, avoir les mots justes, les bonnes attitudes, comment affiner notre perception de l’enfant ?

-  avec un plan de travail
-  en partageant les expériences avec un collègue, avec l’équipe.
-  Par la mise à distance d’un écrit (bilan, monographie, carnet de bord, etc.)
-  Par l’introduction d’un tiers médiateur
-  Surtout, ne pas répondre tout de suite, se donner le temps…
-  Le bon mot n’existe pas mais, à force d’échanger, de confronter avec les autres, on arrive à « éduquer nos réflexes ».

Les dispositifs pour prendre en charge les difficultés en classe

-  tout d’abord, quand des difficultés sont repérées, prendre du temps (pour observer dans d’autres situations) : ne pas stigmatiser trop vite.
-  Le premier dispositif est le respect de la LOI de la classe.
-  L’observation (de l’enfant dans son travail, son temps libre, son rapport aux autres), la concertation (en équipe et dans la classe), l’évaluation (les évaluations), les lieux de parole (conseil, quoi de neuf ?, etc.), les intervenants spécialisés (maîtresse E, orthophonistes, psys), l’entretien avec les parents. L’entretien avec les parents peut comporter 3 moments distincts : 1) Le maître avec l’enfant seul : je vais voir tes parents pour parler de toi en classe, que veux-tu que je dise, que je ne dise pas ? 2) L’instit seul avec les parents : personne n’est coupable, nous cherchons ensemble le mieux pour l’enfant. 3) Tous ensemble pour définir les perspectives

-  La limite entre le thérapeutique et le pédagogique n’est pas toujours très définie : faire très attention au discours qu’on tient (ne pas faire de psychanalyse sauvage), ne pas hésiter à s’impliquer soi-même , à partir de ses propres expériences, quand c’est possible.

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